Livre: "Pour en finir avec le Moyen-Age" de Régine Pernoud

Publié le par medielivres.over-blog.fr

 

En finir avec les clichés du Moyen-age et les concepts éculés qui ont trop souvent servi à dévaloriser cette étape de notre Histoire ! Voilà l'objectif de l'auteur, et on peut dire que Régine Pernoud y met à la fois du coeur et de l'érudition. Pour résumer grossièrement l'oeuvre, nous pouvons dire qu' à la Renaissance s'est imposée l'idée suivante:  l'Antiquité avait produit le sommet de ce que l'Humanité pourrait jamais exprimer en terme de qualité, et à ce titre le Moyen-Age qui l'a suivi n'aurait été qu'un vaste chaos informe, rongé par la maladie et la guerre, un âge de Ténèbres qui prenait heureusement fin. Cette approche induisait que le travail artistique ne pouvait être qu'une tentative d'imitation des Anciens, car leur approche incarnait la Perfection, et seule l'imitation du fruit de leurs efforts pouvait avoir un sens. A la lecture de l'ouvrage, il me semble que ce rejet a conduit à une dévalorisation globale de toute la période qui nous occupe sur tous les plans, elle ne devait avoir été qu'une suite d'échecs et d'errances pour mieux faire ressortir les atours sublimes de l'Antiquité. Cette représentation des enchaînements historiques a duré des siècles! Régine Pernoud remet en cause une telle logique, en la confrontant aux faits. Il est également souligné dans le livre l'effacement du statut d'esclave suite à la chute de l'empire romain pour celui, largement préférable, de serf, ainsi que la conception singulière de la propriété médiévale dont on risque parfois d'oublier un peu vite quelques aspects positifs:

"J'ai eu l'occasion de recueillir les confidences d'un vieil ouvrier agricole à qui son âge ne permettait plus de travailler et qui allait finir ses jours à l'hospice:  "J'aurai travaillé cette terre toute ma vie sans en avoir un mètre carré à moi"; comparé à celui du serf médiéval, son sort paraissait infiniment plus malheureux: serf du seigneur sur un domaine, il eût été assuré d'y terminer paisiblement sa vie; rien ne lui appartenait en propre, mais l'usage ne pouvait lui en être retiré. Et de ce point de vue, il avait avec la terre la même relation que le seigneur lui-même: celui-ci ne possède jamais en pleine propriété comme nous l'entendrions aujourd'hui; c'est sa lignée qui est propriétaire; il ne peut vendre ou aliéner que les biens secondaires qui lui sont venus par héritage personnel, mais il n'a sur le domaine principal qu'un droit d'usage." (page 78-79, Editions du seuil).

Cet intéressant passage m'a fait penser à la "Théorie sur la propriété" de Pierre Joseph Proudhon, pour d'éventuels connaisseurs :) . Donc Régine Pernoud aborde également les idées fausses que l'on pouvait avoir sur le niveau technique des gens d'alors, sur la condition de la femme, et sur bien des idées reçues qui ont contaminé les représentations habituelles de cette période.

Un livre plutôt court au final (151 pages, Editions du seuil) mais agréable et efficace dans son développement.

 

A venir: "Histoire des Cathares" de Michel Roquebert

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