Livre: "Histoire des Cathares" de Michel Roquebert

Publié le par Renard


 

Cathare, hérésie, croisade, si les mots sont connus, leur sens et leur portée historique ne le sont pas forcément. Michel Roquebert va se charger de corriger cette lacune, et il utilise pour cela une arme lourde: ce livre est une véritable bombe culturelle, une oeuvre essentielle pour comprendre les remous et les drames de cet ensemble historique. Tout d'abord l'auteur nous soumet la question de la croyance chez les cathares, un point fondamental, car c'est autour de cet axe que l'ensemble des événements va se mettre en branle. Il nous présente avec soin le dualisme, une notion qui irritait prondément l'Eglise catholique, très tatillonne sur les questions de dogme à cette époque. En effet, là où elle ne reconnaissait et ne reconnaît qu'un seul principe de Bien avec un seul Dieu (le Mal n'étant qu'un effet secondaire du libre-arbitre permis par le Créateur mais pas une force autonome et indépendante de la loi divine si je puis dire pour résumer grossièrement), les populations qui nous préoccupent reconnaissaient au contraire deux principes distincts, un principe de Bien et un principe de Mal séparés. On sent poindre déjà ici un clivage qui n'augure rien de bon, puisqu'il conduira à l'éradication pure et simple des cathares, bien que leur vision religieuse ait été une forme de christianisme ( certes une dissidence au regard du dogme catholique, mais un christianisme quand même," leur unique référence était le Nouveau Testament,complété par ce qui, dans l'Ancien, servait leurs démonstrations." nous signale l'auteur en page 24, édition Perrin). Précisons ceci dit que le le principe de Bien était considéré comme supérieur, relevant de la puissance du vrai Dieu, par opposition à l' entité maléfique perçue comme inférieure. Il ne s'agissait donc pas d'un dualisme égal entre les deux éléments, approche qui aurait pu réduire le fossé avec l'Eglise. Mais il faut noter au plan des divergences que les cathares pensaient que le monde matériel relevait du domaine du Mal, et là nous revenons à une différence d'approche capitale entre les deux parties, surtout pour l'Eglise très attentive aux "écarts" théologiques, cette dernière concevant notre monde terrestre comme une création du Dieu de bonté.

Mais place à l'action :) Michel Roquebert nous explique que le 25 mars 1199, le pape Innocent III promulgue une décrétale qui impose la confiscation des biens des hérétiques. Mais cette décision va être extrêmement difficile à mettre en place, je cite l'auteur:"la mauvaise volonté des barons et des populations bloquait toute action efficace contre l'hérésie" (page 107, édition Perrin). Bref, le manque d'enthousiame est évident, et il faudra presque dix ans d'acharnement pour que l'Eglise puisse mettre en route sa croisade. L'auteur nous développe la suite avec une grande méticulosité, on sent la vigueur de l'érudit qui veut communiquer et transmettre au lecteur, qui veut aller jusqu'au bout de son partage. L'ensemble est passionnant, on y découvre des épisodes instructifs et étonnants comme la défaite des troupes de Pierre II face à celles Simon de Montfort alors que ces dernières étaient dans une situation numérique extrêmement désavantageuse (Pierre II a trouvé le moyen de se faire tuer au tout début du combat, par simple imprudence ! Du coup, le moral de son armée a chuté et l'impossible défaite a eu lieu...). Ce livre contient de nombreux récit de combats, mais aussi de nombreuses manoeuvres diplomatiques, il dessine à la perfection l'ensemble des éléments qui composent ce flux historique. Et n'oublions pas non plus la naissance de l'Inquisition, qui est également abordée dans cet ouvrage très complet.

En résumé, j'ai adoré :)

 

  A venir: "La croisade des Pastoureaux" de Georges Passerat

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