Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 23:04

 

 

    Nous abordons avec cet ouvrage un épisode assez peu réjouissant qui a agité la France en 1320. Cette année là, dans l'effervescence de l'après-croisade, des populations très pauvres se sont massées afin d'effectuer un carnage chez les communautés juives de différentes villes, communautés accusées entre autres d'avoir tué le Christ (une accusation classique à l'époque). Les crimes vont être commis sur une période relativement courte, environ 1 mois et demi, et les pastoureaux auront traversé toute la France du nord au sud avant d'être arrêtés lorsqu'ils s'approcheront de Carcassonne et se heurteront à des autorités locales déterminées à régler énergiquement la question. L'auteur a fait le choix d'axer la construction de son livre en utilisant très abondamment les textes des chroniqueurs et des documents administratifs de l'époque, ce qui est tout à fait sérieux, néanmoins les textes latins non-traduits sont assez gênants lorsque l'on ne maîtrise pas cette langue. Le récit est facile à comprendre et très intéressant, et comme tout ce qui est plaisant j'aurai tendance à penser que c'est peut-être un peu court, j'en aurai volontiers pris quelques chapitres supplémentaires. A noter, il est assez souvent fait référence à un juif qui a vécu les éléments au plus près, et les errances de cet individu nommé Baruch sont assez saisissantes, l'ouvrage en prend plus de corps et plus de vie, on imagine bien la terreur de cet homme face à ce déferlement de folie. Donc un livre à mon sens trop court, mais très documenté et en même temps facile à lire (sauf le latin). Dans l'ensemble, j'ai eu le sentiment d'être en présence d'un travail sérieux et méticuleux. Pour finir, j'ai trouvé cette fiche sur le net: http://crm.revues.org/index3533.html  . L'auteur n'est visiblement pas le simple amateur que je suis, et j'ai trouvé son approche et son analyse de l'ouvrage très intéressantes. Il donne par ailleurs d'autres pistes de lecture sur le sujet.

 

  A venir: "Les intellectuels au Moyen-Age" de Jacques Le Goff

Par Renard
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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 01:49


 

Cathare, hérésie, croisade, si les mots sont connus, leur sens et leur portée historique ne le sont pas forcément. Michel Roquebert va se charger de corriger cette lacune, et il utilise pour cela une arme lourde: ce livre est une véritable bombe culturelle, une oeuvre essentielle pour comprendre les remous et les drames de cet ensemble historique. Tout d'abord l'auteur nous soumet la question de la croyance chez les cathares, un point fondamental, car c'est autour de cet axe que l'ensemble des événements va se mettre en branle. Il nous présente avec soin le dualisme, une notion qui irritait prondément l'Eglise catholique, très tatillonne sur les questions de dogme à cette époque. En effet, là où elle ne reconnaissait et ne reconnaît qu'un seul principe de Bien avec un seul Dieu (le Mal n'étant qu'un effet secondaire du libre-arbitre permis par le Créateur mais pas une force autonome et indépendante de la loi divine si je puis dire pour résumer grossièrement), les populations qui nous préoccupent reconnaissaient au contraire deux principes distincts, un principe de Bien et un principe de Mal séparés. On sent poindre déjà ici un clivage qui n'augure rien de bon, puisqu'il conduira à l'éradication pure et simple des cathares, bien que leur vision religieuse ait été une forme de christianisme ( certes une dissidence au regard du dogme catholique, mais un christianisme quand même," leur unique référence était le Nouveau Testament,complété par ce qui, dans l'Ancien, servait leurs démonstrations." nous signale l'auteur en page 24, édition Perrin). Précisons ceci dit que le le principe de Bien était considéré comme supérieur, relevant de la puissance du vrai Dieu, par opposition à l' entité maléfique perçue comme inférieure. Il ne s'agissait donc pas d'un dualisme égal entre les deux éléments, approche qui aurait pu réduire le fossé avec l'Eglise. Mais il faut noter au plan des divergences que les cathares pensaient que le monde matériel relevait du domaine du Mal, et là nous revenons à une différence d'approche capitale entre les deux parties, surtout pour l'Eglise très attentive aux "écarts" théologiques, cette dernière concevant notre monde terrestre comme une création du Dieu de bonté.

Mais place à l'action :) Michel Roquebert nous explique que le 25 mars 1199, le pape Innocent III promulgue une décrétale qui impose la confiscation des biens des hérétiques. Mais cette décision va être extrêmement difficile à mettre en place, je cite l'auteur:"la mauvaise volonté des barons et des populations bloquait toute action efficace contre l'hérésie" (page 107, édition Perrin). Bref, le manque d'enthousiame est évident, et il faudra presque dix ans d'acharnement pour que l'Eglise puisse mettre en route sa croisade. L'auteur nous développe la suite avec une grande méticulosité, on sent la vigueur de l'érudit qui veut communiquer et transmettre au lecteur, qui veut aller jusqu'au bout de son partage. L'ensemble est passionnant, on y découvre des épisodes instructifs et étonnants comme la défaite des troupes de Pierre II face à celles Simon de Montfort alors que ces dernières étaient dans une situation numérique extrêmement désavantageuse (Pierre II a trouvé le moyen de se faire tuer au tout début du combat, par simple imprudence ! Du coup, le moral de son armée a chuté et l'impossible défaite a eu lieu...). Ce livre contient de nombreux récit de combats, mais aussi de nombreuses manoeuvres diplomatiques, il dessine à la perfection l'ensemble des éléments qui composent ce flux historique. Et n'oublions pas non plus la naissance de l'Inquisition, qui est également abordée dans cet ouvrage très complet.

En résumé, j'ai adoré :)

 

  A venir: "La croisade des Pastoureaux" de Georges Passerat

Par Renard
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Mardi 7 septembre 2010 2 07 /09 /Sep /2010 00:17

 

En finir avec les clichés du Moyen-age et les concepts éculés qui ont trop souvent servi à dévaloriser cette étape de notre Histoire ! Voilà l'objectif de l'auteur, et on peut dire que Régine Pernoud y met à la fois du coeur et de l'érudition. Pour résumer grossièrement l'oeuvre, nous pouvons dire qu' à la Renaissance s'est imposée l'idée suivante:  l'Antiquité avait produit le sommet de ce que l'Humanité pourrait jamais exprimer en terme de qualité, et à ce titre le Moyen-Age qui l'a suivi n'aurait été qu'un vaste chaos informe, rongé par la maladie et la guerre, un âge de Ténèbres qui prenait heureusement fin. Cette approche induisait que le travail artistique ne pouvait être qu'une tentative d'imitation des Anciens, car leur approche incarnait la Perfection, et seule l'imitation du fruit de leurs efforts pouvait avoir un sens. A la lecture de l'ouvrage, il me semble que ce rejet a conduit à une dévalorisation globale de toute la période qui nous occupe sur tous les plans, elle ne devait avoir été qu'une suite d'échecs et d'errances pour mieux faire ressortir les atours sublimes de l'Antiquité. Cette représentation des enchaînements historiques a duré des siècles! Régine Pernoud remet en cause une telle logique, en la confrontant aux faits. Il est également souligné dans le livre l'effacement du statut d'esclave suite à la chute de l'empire romain pour celui, largement préférable, de serf, ainsi que la conception singulière de la propriété médiévale dont on risque parfois d'oublier un peu vite quelques aspects positifs:

"J'ai eu l'occasion de recueillir les confidences d'un vieil ouvrier agricole à qui son âge ne permettait plus de travailler et qui allait finir ses jours à l'hospice:  "J'aurai travaillé cette terre toute ma vie sans en avoir un mètre carré à moi"; comparé à celui du serf médiéval, son sort paraissait infiniment plus malheureux: serf du seigneur sur un domaine, il eût été assuré d'y terminer paisiblement sa vie; rien ne lui appartenait en propre, mais l'usage ne pouvait lui en être retiré. Et de ce point de vue, il avait avec la terre la même relation que le seigneur lui-même: celui-ci ne possède jamais en pleine propriété comme nous l'entendrions aujourd'hui; c'est sa lignée qui est propriétaire; il ne peut vendre ou aliéner que les biens secondaires qui lui sont venus par héritage personnel, mais il n'a sur le domaine principal qu'un droit d'usage." (page 78-79, Editions du seuil).

Cet intéressant passage m'a fait penser à la "Théorie sur la propriété" de Pierre Joseph Proudhon, pour d'éventuels connaisseurs :) . Donc Régine Pernoud aborde également les idées fausses que l'on pouvait avoir sur le niveau technique des gens d'alors, sur la condition de la femme, et sur bien des idées reçues qui ont contaminé les représentations habituelles de cette période.

Un livre plutôt court au final (151 pages, Editions du seuil) mais agréable et efficace dans son développement.

 

A venir: "Histoire des Cathares" de Michel Roquebert

Par medielivres.over-blog.fr
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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 17:13

 

 

 

Une hérésie, un jeu vidéo sur médiélivres ! Ne soumettons pas trop tôt le blogueur à la question, car le thème développé par ce jeu évoque l'Ordre des assassins évoqué dans une fiche lecture (voir "La secte des assassins" de Christine Millimono). Il arrivera de temps en temps que j'élargisse un peu le champ de ce blog, ça ne fait pas de mal et ça permet de lier les fiches lectures à d'autres événements plus actuels, d'autres phénomènes ludiques en l'occurrence. Donc ici Assassin's Creed, premier du nom, puisque le deuxième ne concerne pas l'Ordre. Je ne suis pas encore allé très loin dans l'aventure, mais j'ai déjà de quoi faire quelques commentaires. Sur l'aspect ludique, j'en suis satisfait  pour l'instant. Mais ce n'est pas ce qui nous intéresse :) Alors allons immédiatement au coeur du sujet. Vous êtes censé incarner un assassin (pour ceux qui y ont joué: je passe les détails, l'animus, etc... tout ça n'a aucune importance), et à ce titre vous avez différentes missions à remplir. Au plan historique, on est confronté à un problème. Car en situation réelle à l'époque, vous n'étiez pas censé revenir de mission :) . Vous auriez du vous faire tuer et / ou torturer volontairement ensuite afin de démontrer que rien ne peut effrayer un représentant de votre organisation. Mais bon, ça aurait rendu le jeu très court :) Donc il est admis que vous aurez à survivre. Il est par ailleurs intéressant de noter des références plus ou moins subtiles telles que:

- Le saut de la foi: quand vous êtes sur une tour en hauteur, vous pouvez redescendre très vite en sautant dans une carriole de foin. Ce saut, surnommé "saut de la foi" dans le jeu, fait référence aux saut de la mort exécutés devant Henri de Champagne par plusieurs membres de cette structure, sauf qu'il n'y avait alors pas de foin à la réception ! ces suicides exécutés sur simple demande de leur chef avaient alors produit grande impression sur le noble franc.

- La récurrence d'un animal: l'aigle. On voit cette créature à plusieurs reprise dans le jeu, dans la cinématique de début avant une séquence de meurtre et sur les zones haut perchées en ville. Il est probablement fait ici référence la forteresse d'Alamut, un lieu symbolique de la puissance des assassins, dont le nom signifie "nid de l'aigle" en persan.

Voilà quelques commentaires rapides, il faut dire que je viens de commencer ce jeu. Pour résumer,  c'est sympathique, ça peut vous permettre de mettre en application ce que vous lisez, sans risquer de prendre 20 ans de prison :) !

 

A venir: "Pour en finir avec le Moyen-Age" de Régine Pernoud

Par medielivres.over-blog.fr
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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 04:13

 


Si après avoir lu des milliers de lignes sur les croisades vous avez le sentiment d'en avoir fait le tour de toutes les façons, si Saladin n'est plus pour vous qu'un personnage vaguement folkorique et ringard pour votre esprit blasé, si la croisade des barons ne suscite en vous plus rien d'autre qu'un mollasson "ah oui, mais c'est du vu et revu, ça",
préparez-vous à tout reprendre du début, parce que ce livre de Amin Maalouf est une pure merveille ! Tout d'abord, j'apprécie particulièrement la subjectivité revendiquée du titre. On sait où l'on va, on ne prétend pas à l'objectivité et il y a derrière cette approche à mon sens une lucidité certaine, une franche reconnaissance des aspects illusoires de l'objectivité qui nous conduit à une écriture décomplexée et dont le lecteur connaît l'intention dès le départ.
    Pour le reste... On découvre avec ce livre l'autre dimension de la croisade, non pas celle où l'on suit les aléas des armées de croisés, mais celle où le sultan Kilij Arslan voit ces hommes arriver pour conquérir ses terres, un changement de point de vue qui modifie tout et nous fait redécouvrir entèrement cette croisade ! Comme souvent pour ce type de sujet, il faut s'attendre à éprouver quelques difficultés à retenir des noms issus de régions dont les intonations sont fort peu francophones,ce qui rend un petit complexe leur mémorisation tout le long du livre, mais cet obstacle est totalement inhérent au sujet donc inévitable. Le récit de la prise d'Antioche (page 33 à 52 pour les éditions "J'ai lu") est très intéressant, de tels rebondissements en feraient un excellent sujet de cinéma, de roman ou de scénario de jeu de rôle ! On découvre finalement dans ce livre un monde musulman complexe et profondément désuni, en fait on découvre surtout que le concept même de monde musulman ne signifiait pas grand chose tant la diversité des points de vue et des intérêts était profonde entre ceux qui se réclamaient de l'islam. Le livre évoque également la grande faiblesse des croisés, à savoir leur faiblesse numérique, et souligne que c'est ce handicap qui les a vraisemblablement poussé à construire sur place des chateaux-forts,c'est à dire à mettre en place les outils indispensables si l'on veut repousser des assaillants très supérieurs en nombre et se maintenir sur place.
Je vous cite au passage un court texte évoquant l'optimisme surréaliste qui animait les troupes franques en 1118, grisées par les victoires précédentes:
"L'arrogances des franj a en effet atteint les limites de l'absurde: début mars 1118, le roi Baudouin, avec exactement deux cent seize chevaliers et quatre cents fantassins a entrepris d'envahir... l'Egypte !" On peut aussi appeler ça de l'enthousiasme , en tout cas il est clair que ces gens croyaient en leur bonne étoile! Un peu trop ici, puisque ce sera un échec, le souverain mourrant en chemin d'une maladie.
On peut néanmoins trouver que la partialité de l'auteur est parfois légèrement trop manifeste. Ainsi, sa citation de Oussama Ibn Mounqidh concernant la soit-disant ignorance des franj en matière de médecine est certes exacte mais incomplète, et la citation complète aurait révélé que Oussama était aussi admiratif d'autres franj dans ce domaine:
"Un artisan de Chayzar, Abou I-Fath, avait un fils dont le cou était rongé de scrofules. S'étant rendu à Antioche pour quelque affaire, il avait emmené le garçon. Un franc remarqua son triste état et dit au père: "Veux-tu ma jurer sur ta religion que, si je te donne un remède pour ton fils, tu n'accepteras ensuite aucune rétribution de la part de tous ceux que tu pourras guérir avec ce remède ?". Abou I-Fath ayant juré, le Franc reprit: "Il te faut des feuilles, non pilées, de la plante que l'on appelle soude. Tu les brûleras et feras tremper le résidu dans un mélange d'huile et de vinaigre très fort. Tu appliqueras le produit sur les scrofules, jusqu'à leur complète résorption. Après quoi, tu promèneras, sur la peau, du plomb passé au feu et enduit de beurre fondu". Les maux du garçon, soumis à ce traitement, disparurent tout à fait et il recouvra la santé. Abou I-Fath tint sa promesse et soigna gratis tous les malades qui se présentaient à lui. J'en ai traité beaucoup d'autres moi-même avec ce remède là, qui agit à chaque fois avec succès." ("Ousama, un prince syrien face aux croisés" de andré Miquel, p 72-73 aux éditions Tallandier).
On peut donc penser que Amin Maalouf a peut être choisi les éléments les plus à charge contre les "franjs", et même si le titre annonçait déjà l'intention, il ne me paraît pas déraisonnable de penser ici que l'auteur va  un peu trop loin dans le parti-pris.
Il n'en reste pas moins que ce livre est absolument incontournable pour quiconque s'intéresse aux croisades, nous avons là une oeuvre passionnante qui renouvellera probablement ce que vous savez déjà du sujet. A lire :)

 

A venir: Assassin's Creed I, un jeu vidéo sur l' Ordre des assassins

Par medielivres.over-blog.fr
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